sehepunkte 26 (2026), Nr. 5

Anna Walas / Andrew Birley (eds.): Relativism and the Frontiers of Empire

Cet ouvrage se place ouvertement sous la tutelle du relativisme (1-10). Ce mot désigne une philosophie. Elle affirme que tout est relatif, et que rechercher l'objectivité est vain, puisque chaque perception dépend de l'observateur. Elle a ses racines dans l'Antiquité, fondée notamment par Héraclite («« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » : donc il n'existe pas de vérité permanente). Elle a connu un apogée grâce aux sophistes, en particulier grâce à Protagoras (« L'homme est la mesure de toute choses » : donc la vérité varie avec chaque personne).

Mais elle a eu aussi ses critiques, notamment Platon. Ses adversaires pensent qu'elle se contredit dans sa formulation : si la proposition « Il n'existe aucune vérité absolue » est vraie, elle doit d'abord s'appliquer à elle-même et donc se nier.

L'auteur de ces lignes, qui n'est pas un professionnel de la philosophie, ne veut pas prendre part dans ce débat, mais il lui a paru indispensable d'en parler. En outre, les auteurs ont ajouté l'idéologie « décoloniale » à cette doctrine qui, pour eux, concerne surtout la France. C'est courageux. Mais est-il possible de concilier les deux ? Et, là encore, nous ne nous prononcerons pas (75-117).

Quoi qu'il en soit, les différents textes sont plus ou moins indifférents à ces préoccupations. De ce fait, ils sont utiles, rédigés par des savants compétents. Mais nous n'avons pas toujours compris le découpage en cinq parties.

1. « Repositionnement » des frontières

Grand connaisseur de la Libye, D. Mattingly a étudié la notion de frontière en Tripolitaine et en Bretagne. Il propose en plus une enquête historiographique intéressante. Une analyse voisine et tout aussi utile a été faite par A. Gardner, qui a centré son propos sur les communautés vivant sur les frontières militaires ; il a rédigé une autre utile historiographie sur le sujet. Revenons en Afrique avec A. Walas qui pense que la légion étrangère française se voyait en héritière de la IIIe légion Auguste ; elle appuie sa démonstration, notamment, sur deux défilés et sur la reconstitution d'un monument. Ensuite, J. C. Carvajal López se demande quelles similitudes ont existé entre la romanisation et l'islamisation. L'auteur de ces lignes n'aime pas le terme « romanisation », trop lié à l'idéologie coloniale (RÉL, 86, 2008, 127-138), et il n'est pas compétent sur l'« islamisation ». Nous revenons à l'Empire, avec R. H. Jones qui traite de l'archéologie des camps. Elle voit trois écoles en Grande-Bretagne : Oxford-Cambridge-Londres, Durham-Newcastle et Glasgow-Edinburgh. Enfin, avec talent, I. Haynes abandonne la périphérie pour le centre, à savoir les Castra Nova de Rome, et pour les rapports entre la Ville et les camps.

2. Approche « décoloniale »

Deux études régionales ouvrent cette partie. A. Merrills, qui connaît bien l'époque et la région, montre comment Justinien a utilisé la conquête du sud de la Tripolitaine pour se présenter en grand militaire et en grand chrétien. Il fonde son raisonnement surtout sur Corippe et Procope. Allant plus à l'est, M. Reddé montre une frontière originale, militaire et maritime à la fois. Sans transition, un auteur nous conduit en Bretagne, où des colliers préromains et romains ont bénéficié des soins de F. Hunter. Jusque-là, nous ne voyons pas bien en quoi cette approche est « décoloniale ». Nous ne le voyons pas plus en lisant E. M. Greene, bonne spécialiste de l'armée, qui défend une thèse : chaque soldat auxiliaire avait son identité propre ; il faut éviter, dit-elle à juste titre, les généralisations.

3. « Déconstruction » de la culture impériale

« Déconstruction » est un mot savant pour dire « critique ». L. Allason-Jones, qui connaît bien le sujet, a étudié les sculptures d'Old Carlisle, sur le mur d'Hadrien. Elle les répartit entre monuments religieux et funéraires, et elle conclut au cosmopolitisme des soldats. Puis D. J. Breeze et deux de ses collègues comparent une scène de sacrifice vue à Palmyre et un suovétaurile du mur d'Antonin ; leur grande érudition leur permet de faire un travail fouillé. Restons en Orient avec une étude de L. Dirven, consacrée au tableau de larhibol trouvé à Doura-Europos. Il a été peint en trois étapes successives, ce qui permet d'avancer la date de la conquête sassanide à 253-255. Enfin, S. E. Cleary s'est occupé des excréments des soldats romains. Il en conclut que leur médiocre état sanitaire a diffusé des maladies parmi le reste de la population. Pour notre part, nous supposons que l'hygiène des civils valait au moins celle des militaires.

4. Le relativisme culturel

Les exposés précédents auraient pu figurer sous le même titre. J. A. Baird ramène le lecteur à Doura-Europos. Cet auteur commente le célèbre bouclier (IIIe siècle) et des bâtiments pour rappeler que les civils et les militaires sont liés. Spécialiste bien connue, C. van Driel-Murray revient sur ce site et sur le célèbre PDur 100 daté de 219 ; elle établit des statistiques et conclut sur l'individualité de chaque homme. Historienne également reconnue, P. Allison étudie la céramique trouvée sur divers sites militaires et elle arrive à une conclusion voisine, raisonnable au demeurant : le soldat est un personnage unique qui vit dans un milieu. Elle conseille de renoncer à l'affirmation traditionnelle, qui voulait que les objets médiocres aient été fabriqués par des femmes, les bons par des hommes. Enfin, à propos du mur d'Hadrien, A. Rogers pense que les hommes qui venaient d'au-delà du mur d'Hadrien, et ceux qui le traversaient, perdaient leur humanité pour les Romains.

5. Relativisme et violence

Faut-il relativiser la violence ? M. C. Bishop ne répond pas à cette question. Il remet seulement en cause la tradition qui veut que le gladius ait été porté à droite (Ier siècle) et la spatha à gauche (IIe siècle). Au contraire, A. Meyer traite de la cruauté. Présente à tous les niveaux, elle venait des militaires contre les civils, des Romains contre les Bretons, etc. C'est un peu à la même conclusion qu'arrive A. Birley, à partir des tablettes de Vindolanda et de l'archéologie. Elle était causée par la boisson, par la tension nerveuse, par les conditions de vie et par la menace de conflits.

Conclusion

Pour terminer, nous dirons que ces textes apportent du neuf, sont souvent très bons et en même temps très souvent éloignés des préoccupations idéologiques.

Rezension über:

Anna Walas / Andrew Birley (eds.): Relativism and the Frontiers of Empire. Critical Perspectives on Roman Soldiers, Communities and Military Landscapes (= Roman Frontier Studies), Oxford: Archaeopress 2025, VI + 226 S., 73 Abb., 6 Tbl., ISBN 978-1-80583-068-9, GBP 55,00

Rezension von:
Yann Le Bohec
UFR d'histoire, Université Paris (IV) - Sorbonne
Empfohlene Zitierweise:
Yann Le Bohec: Rezension von: Anna Walas / Andrew Birley (eds.): Relativism and the Frontiers of Empire. Critical Perspectives on Roman Soldiers, Communities and Military Landscapes, Oxford: Archaeopress 2025, in: sehepunkte 26 (2026), Nr. 5 [15.05.2026], URL: https://www.sehepunkte.de/2026/05/41109.html


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