Raimund Schulz: Welten im Aufbruch. Eine Globalgeschichte der Antike, 2. Auflage, Stuttgart: Klett-Cotta 2025, 494 S., Diverse Farb-, s/w-Abb., ISBN 978-3-608-98803-1, EUR 38,00
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Raimund Schulz / Uwe Walter: Griechische Geschichte, ca. 800-322 v. Chr. Band 1: Darstellung + Band 2: Forschung und Literatur, Berlin / Boston: De Gruyter Oldenbourg 2022
Raimund Schulz: Kleine Geschichte des antiken Griechenland, Stuttgart: Reclam 2008
Raimund Schulz: Als Odysseus staunte. Die griechische Sicht des Fremden und das ethnographische Vergleichen von Homer bis Herodot, Göttingen: Verlag Antike 2020
Dans cet ouvrage, Raimund Schulz propose une description globale de l'histoire de l'Antiquité. Un tel projet pose de nombreux problèmes. Le premier est celui des connaissances, mais un universitaire sérieux et doué pour la synthèse peut le surmonter, et c'est le cas ici. Le deuxième est celui des limites spatiales et temporelles : ici, l'Antiquité concerne la partie la plus habitée de l'Eurasie et l'Afrique du Nord, selon un schéma des "terres du milieu" déjà présent chez Bardesane d'Édesse (vers 200), Ibn Khaldûn (vers 1400) et plus récemment Jack Goody; la chronologie va de 3000 avant notre ère jusque vers 200 de notre ère, l'Antiquité tardive étant absente. Un troisième problème est de savoir ce que signifie une histoire globale de l'Antiquité. Un tel récit, qui existe pour l'époque contemporaine après 1750, voire pour l'époque moderne après 1492, fondé sur une dialectique entre centre et périphéries complétée par des analyses de réseaux particuliers, n'est guère envisageable avant la Chine des Song, vers l'An Mil, car les contacts n'étaient pas alors suffisants pour engendrer des transformations structurelles. C'est pourquoi les historiens ont préféré développer d'autres approches pour les périodes plus anciennes. Ils ont étudié des époques successives en analysant une région après l'autre tout en insistant sur les connexions entre elles [1]. Ils ont pris en compte diverses aires culturelles sans les relier entre elles [2]. Ils ont privilégié des approches thématiques transversales [3], mais la non-synchronicité de ces phénomènes pose un problème de compréhension de l'ensemble.
Schulz structure son récit en cinq parties thématiques globalisantes, consacrées aux peuples nomades, aux villes, aux empires, aux aspects économiques et enfin aux aspects religieux et philosophiques, et il unifie son propos en établissant deux liens entre ces chapitres. Le premier est vaguement chronologique; le second est structurel et expliqué p. 16-18. Schulz commence par distinguer zwei Lebensformen, nomade et sédentaire, dans Menschen und Tiere in Bewegung - Das nomadische Abenteuer ; il poursuit avec l'apparition des villes à partir des sociétés agricoles (Geballte Energie - der Aufstieg der Städte) ; vient ensuite le développement des états et des empires, ces derniers pouvant également être fondés par des nomades (Im Kreissaal der Macht - Wie Imperien entstehen) puis, les empires accroissent les échanges commerciaux à longue distance (Lockruf des Geldes - Wirtschaft und Handel in einer globalisierten Welt; plutôt un monde "connecté") ; enfin, avec le commerce circulent les techniques et les idées sur le monde (Wege ins Glück - Religiöse und philosophische Weltdeutung bis ins 2. Jahrhundert n.Chr.). Ainsi, cinq perspectives globales embrassant diverses sociétés permettent de construire une dynamique chronologique et narrative hiérarchique depuis une infrastructure écologique jusqu'aux structures sociales (urbaines), politiques (impériales) et économiques (commerciales), pour s'achever avec une superstructure des créations du Geist.
Le premier chapitre aborde des aspects rarement abordés. À partir des fouilles archéologiques entreprises depuis 1960, l'auteur présente la culture de Sintachta (qui créa le char de combat au sud de l'Oural vers 2000 av. J.-C.), retrace l'expansion des peuples parlant des langues indo-européennes vers l'Anatolie, l'Inde, l'Iran et l'Europe, et rappelle l'importance des Scythes. En revanche, l'utilisation de la catégorie générique de "nomade" le conduit à traiter ensemble les peuples de la steppe eurasiatique, ceux de l'Arabie et les Hébreux considérés comme Bergnomaden, ce qui est problématique, les fondements sociaux-économiques étant fort différents.
Le deuxième chapitre décrit les villes de Mésopotamie, les ports de l'expansion phénicienne, les cités grecques et étrusques, les Celtes (mais l'expansion celtique des IVe-IIIe siècles eut lieu alors que les agglomérations de Hallstatt avaient disparu et que les oppida laténiens n'existaient pas encore), mais aussi les villes indiennes et chinoises. On s'étonne de l'absence de villes égyptiennes.
Le troisième chapitre traite des empires : assyrien, perse, macédonien, indien, romain et chinois, mais aussi celui des Xiongnu, le premier grand empire de la steppe. Il manque ceux des Égyptiens, des Parthes et des Koushans.
Le quatrième chapitre, le mieux maîtrisé, traite les aspects économiques de la Chine, de l'Inde, des royaumes hellénistiques et du monde romain et inclut les vecteurs de connexion: l'océan Indien, les "routes de la soie" et l'empire koushan. Les comparaisons sont ici fort pertinentes, grâce aux données chiffrées dont on dispose ou que l'on peut estimer sérieusement, grâce aux travaux des archéologues.
Le dernier chapitre est le plus long (100 pages contre 60 pour les autres) mais le moins abouti. Le titre, Wege ins Glück, est anachronique : le souverain Bien antique n'a rien à voir avec le bonheur des Occidentaux d'aujourd'hui. Il faut également être bien moderne pour croire, (285) aux Grundformen religiöser Welterfahrung. Pour un Romain, les aspects spirituels ou philosophiques n'étaient que superstitio face à la religio des cultes officiels; valoriser la religiosité personnelle contre les aspects civiques gréco-romains (ou les traditions confucéennes), alors que l'immortalité n'était pas une obsession antique, est peu pertinent. On peut apprécier le rappel des aspects brahmaniques, zoroastriens, grecs, et égyptiens, mais les quarante pages consacrées aux Juifs, à Jésus de Nazareth, à Paul de Tarse et au début du christianisme sont disproportionnées. Vers 200, les chrétiens devaient représenter 5% de la population de l'empire romain, et le bouddhisme était bien plus important à l'échelle eurasiatique.
Le texte est accompagné d'une série de cartes, d'un cahier d'illustrations en couleurs, d'un index et d'une bibliographie montrant l'étendue des lectures de l'auteur, presque 'exclusivement en allemand et en anglais (il n'y a que quelques titres en français et apparemment aucun en italien, ce qui est problématique à propos des Grecs d'Occident et des Romains).
En conclusion, on peut féliciter l'auteur pour l'originalité de son plan, pour avoir évoqué de nombreux aspects souvent méconnus, pour son investissement bibliographique et sa méthode comparative lorsqu'elle s'appuie sur des données quantitatives. En revanche, les comparaisons qualitatives sont problématiques, car reposent parfois sur de fausses évidences anthropologiques (sur les nomades ou le religieux) ou sous-estiment certains aspects essentiels, mais singuliers (le droit romain). Enfin, on regrettera le titre du livre: si le pluriel de Welten est justifié, im Aufbruch pourrait être dit de n'importe quelle époque. Néanmoins, cet ouvrage est une nouvelle étape vers une Globalgeschichte der Antike que les Allemands, plus que d'autres, tentent de réaliser.
Notes:
[1] Les chapitres 2-7 de R. Tignor (ed.) : Worlds Together, Worlds Apart, New York, édition de 2008.
[2] Le volume H.-J. Gehrke [Hg] : Vor 600. Frühe Zivilisationen, München 2017.
[3] Les volumes II-IV de la Cambridge World History, Cambridge 2015, insistent respectivement sur l'agriculture, les villes et pour le dernier sur les états, les empires et les réseaux.
Hervé Inglebert