Rezension über:

Joël Blanchard: Armagnacs et Bourguignons. La fabrique de la guerre civile 1407-1435, Paris: Editions Perrin 2024, 448 S., ISBN 978-2-262-09424-9, EUR 25,00
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Rezension von:
Bertrand Schnerb
Université Lille III-Charles de Gaulle
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Bertrand Schnerb: Rezension von: Joël Blanchard: Armagnacs et Bourguignons. La fabrique de la guerre civile 1407-1435, Paris: Editions Perrin 2024, in: sehepunkte 26 (2026), Nr. 9 [15.09.2026], URL: https://www.sehepunkte.de
/2026/09/39098.html


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Joël Blanchard: Armagnacs et Bourguignons

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La guerre civile, dite 'des Armagnacs et des Bourguignons', ouverte le 23 novembre 1407 par l'assassinat de Louis, duc d'Orléans, et close par le traité d'Arras du 21 septembre 1435, a fait l'objet de nombreuses études de détails et de quelques grandes synthèses. La première en date de ces synthèses est celle que Jacques d'Avout consacra à ce conflit, en quoi il voyait une 'crise d'autorité' et dont il retraça le déroulement avec une grande précision. [1] Près de vingt ans plus tard, Michael Nordberg s'intéressa, non pas à la guerre elle-même, mais à ses origines dans un ouvrage centré sur la période qui précéda le meurtre de 1407. [2] Vint ensuite, une vingtaine d'années plus tard, une autre synthèse sur cette maudite guerre, assez proche, dans l'esprit, du travail pionnier de J. d'Avout et dont le mérite fut sans doute d'attirer l'attention d'un public relativement large sur un épisode connu de nom, mais non dans le détail. [3] En 1992, Bernard Guenée publia un 'maître-livre' dans lequel il analysait en profondeur l'impact du meurtre du duc d'Orléans sur une société politique dont il avait une connaissance approfondie. [4] Dix ans après la parution du livre de B. Guenée, Simona Slanička a fait paraître une remarquable étude sur l'utilisation des signes visuels et des emblèmes durant la guerre civile. Cette approche originale mettait en lumière un des aspects jusqu'alors considéré comme anecdotique, de la communication politique de la fin du Moyen Âge. [5] À cet ensemble, déjà impressionnant, s'ajoutent des monographies consacrées à certains des acteurs principaux du conflit : Charles VI, dont la biographie a été retracée par Françoise Autrand [6], le duc de Bourgogne Jean sans Peur, dont l'action a été présentée et analysée dans des études en langue anglaise et en langue française [7], et Philippe le Bon. [8]

Était-il donc nécessaire de consacrer une nouvelle étude à la guerre civile ? C'est certainement la question que Joël Blanchard a dû se poser, mais qui n'a pas effleuré ses éditeurs : ceux-ci, du reste, ont choisi le même titre et la même image de couverture que ceux du livre qu'ils avaient publié en 1988.

Quoi qu'il en soit, suivons l'auteur dans ce travail qui le conduit à s'interroger sur la "fabrique" d'une guerre civile. Après d'autres, il s'efforce de retracer l'enchaînement des événements, ce qui, en soi, n'est pas un exercice trop difficile. Ainsi le plan de l'ouvrage est-il strictement chronologique et conduit le lecteur de l'avènement de Charles VI en 1380 au traité d'Arras de 1435. Mais l'auteur étant avant tout un historien de la littérature, il ménage une large place dans son livre aux œuvres littéraires du temps ou des périodes immédiatement suivantes, en particulier aux récits des chroniqueurs : Michel Pintoin (le 'religieux de Saint-Denis'), Jean Juvénal des Ursins, dont la chronique, parfois invraisemblable, mériterait d'être relue au filtre d'une critique serrée, Enguerrand de Monstrelet, auteurs qui semblent avoir offert à J. Blanchard le socle de son travail. En parcourant les notes et la bibliographie, on constate que les sources premières n'ont guère été consultées de même que certains textes narratifs ou poétiques. Il n'est pas inintéressant, par exemple, de se plonger dans la Geste des ducs de Bourgogne, chronique rimée souvent négligée ou méprisée en raison de la partialité de son auteur anonyme, 'Bourguignon enragé', et de sa forme difficile. Il s'agit pourtant d'un texte rédigé au tout début de la guerre civile, fournissant des informations de première main.

L'orientation très littéraire de ce livre est sous-tendue par la thèse selon laquelle la période 1407-1435 a vu, malgré la guerre, une efflorescence culturelle. J. Blanchard écrit qu'il "ne faudrait pas prendre prétexte de ce sombre tableau de la guerre, qui relève d'un imaginaire panique, pour récuser les remarquables ressources spirituelles et intellectuelles que porte la société du temps". Il faut évidemment être assez optimiste pour voir dans la justification théorique des assassinats politiques qui ponctuent la période "une avancée majeure de la théologie royale", alors que la théorie du tyrannicide, qui créa un véritable scandale, ouvrait vers des perspectives menaçantes pour les détenteurs de l'autorité. La violence de la guerre civile, déplorée par les contemporains, ne fut pas seulement le produit de l'imaginaire.

Par-delà le traitement littéraire, parfois stéréotypé et convenu, des 'malheurs des temps', on ne saurait oublier la réalité des drames humains et des déchirements d'un conflit que dans un procès au Parlement des années 1440, un contemporain a décrit en des termes qui ne sont pas très éloignés de ceux qu'utilisaient les chroniqueurs : "Les divisions étaient alors en ce royaume, comme il est clair et notoire, entre princes et seigneurs, parents et de même sang et de même lignage, issus de cette nation et de ce royaume, et elles étaient si confuses que certains tenaient un jour un parti et tôt après tenaient un autre parti [...] et il y avait de telles divisions et de telles horreurs en ce royaume que les églises étaient pillées, incendiées et les fidèles enfermés dedans, et les vases et calices où était le saint sacrement, étaient pris et emportés, et il y eut des maux innombrables que ce serait une chose bien pitoyable de les rapporter". [9]

Les changements d'obédience, le trouble des consciences, la priorité des fidélités, la trahison sont des thèmes qui traversent toute la période. Les documents administratifs ou comptables, de même que les sources judiciaires en témoignent. Une étude récente a montré combien les représentants de la noblesse d'armes eurent parfois du mal à savoir où était leur devoir et à qui ils devaient obéir. [10] La guerre civile ne fut pas seulement un dispositif littéraire et il serait bon qu'un jour on en fasse une histoire moins désincarnée en exploitant les sources qui permettent d'en avoir une approche humaine.


Notes:

[1] Jacques d'Avout: La querelle des Armagnacs et des Bourguignons. Histoire d'une crise d'autorité, Paris 1943.

[2] Michael Nordberg: Les ducs et la royauté. Études sur la rivalité des ducs d'Orléans et de Bourgogne 1392-1407, Uppsala 1964.

[3] Bertrand Schnerb: Les Armagnacs et les Bourguignons. La maudite guerre, Paris 1988.

[4] Bernard Guenée: Un meurtre, une société. L'assassinat du duc d'Orléans 23 novembre 1407, Paris 1992.

[5] Simona Slanička: Krieg der Zeichen. Die visuelle Politik Johanns ohne Furcht und der armagnakisch-burgundische Bürgerkrieg, Göttingen 2002.

[6] Françoise Autrand: Charles VI, Paris 1986.

[7] Richard Vaughan: John the Fearless. The Growth of Burgundian Power, Woodbridge 2001 (3e éd.); Bertrand Schnerb: Jean sans Peur. Le prince meurtrier, Paris 2005; Richard Vaughan: Philip the Bold. The Formation of the Burgundian State, Woodbridge 2001 (3e éd.).

[8] Richard Vaughan: Philip the Good. The Apogee of Burgundy, Woodbridge 2001 (2e éd.).

[9] Citation originale dans Bertrand Schnerb: La noblesse au service du prince. Les Saveuse : un hostel noble au temps de l'État bourguignon (v. 1380-v. 1490), Turnhout 2018, 214.

[10] Bertrand Schnerb: A qui obéir ? Des nobles français engagés dans la guerre civile (1411-1412), in: Publications du Centre européen d'études bourguignonnes 62 (2022), 55-110.

Bertrand Schnerb